Le 24 décembre 1913

Chère Maman

Il y a bien longtemps déjà que je ne vous ai plus écrit, mais je suis maintenant tout à fait rétablie et je peux reprendre ma correspondance.

Louis est parti avant-hier sur la Provence, comme il vous l’avait annoncé. Nous avons bien regretté de ne pouvoir passer cette première fête de Noël ensemble. C’est un plaisir que nous n’aurons probablement pas souvent et nos fêtes à nous vont être maintenant les retours de Louis.

Je suis contente de savoir qu’il ne fait plus de « quart » et qu’il va dans les pays chauds. L’oculiste lui avait recommandé, pour la complète guérison de son œil, d’éviter le froid et les courants d’air et je n’aurais pas été tranquille de le savoir en Méditerranée.

Vous aurez je pense Joseph et Robert près de vous pour ces fêtes, j’espère qu’elles se passeront joyeusement pour vous tous.

Ici nous nous réunissons tous en famille ce soir et demain, et comme vous le pensez la gaieté ne fait pas défaut à ces réunions. Je me sens un peu étrangère à toute cette joie, Louis est parti pour deux mois !...

Nous avons reçu le cadeau de Robert, mais en bien mauvais état, il manquait 18 verres et 4 étaient cassés. La caisse était pourtant en bon état et le chemin de fer ne répondait pas du colis qui avait été ouvert par la douane. Ce qui est étonnant c’est que le poids de la caisse était le même qu’au départ. S’il y avait eu un vol le poids aurait du diminuer.

C’est d’autant plus regrettable que le service est ravissant et nous plaît de plus en plus.

Chère Maman je vous envoie une lettre pour Robert, je vous serais reconnaissante de la lui faire parvenir, je ne connais pas son adresse à Angoulème et je pense de plus qu’elle le rejoindra à Ligugé.

Je serai en union de prière ces jours-ci avec vous et vous embrasse affectueusement.

Alice