Marseille le 28 décembre 1913

Chère Maman

Je ne voudrais pas laisser passer le 1er janvier sans vous envoyer mes meilleurs souhaits. Que faut-il demander à Dieu, pour vous, pendant cette nouvelle année ? La santé pour vous, vos petites filles et toute votre famille et la prospérité de vos bonnes œuvres.

Pour moi je demanderai seulement à 1914 de m’apporter un bébé ; ou tout au moins des espérances.

Malgré les petites maladies de la fin, nous n’avons pas à nous plaindre de 1913, je n’osai pas en espérer autant, l’année dernière à pareille heure !

Je voudrais bien pouvoir retourner à Ligugé ; nous n’avons pas pu le faire avec Louis ces derniers temps, mais j’espère bien que l’occasion se présentera bientôt.

Je vous remercie bien, chère Maman, des colis postaux que vous nous avez envoyés, ils ne sont pas encore arrivés mais avec l’encombrement de la poste ces temps-ci ce n’est pas étonnant.

Je regrette que Louis ne soit pas là pour goûter le bon beurre qu’il aime tant.

J’ai reçu hier de ses nouvelles, il était à Valence, en bonne santé et assez satisfait de son bateau. Il fait toujours la même ligne : Marseille-Buenos Ayres. Il n’a pas un cours rapide, son voyage dure 62 jours à peu près ; mais il reste environ 18 jours à Marseille, c’est le même genre de bateau que l’Espagne sur lequel il était parti en septembre. Il prend des émigrants espagnols à Gibraltar. Louis n’est plus lieutenant, il est commissaire c'est-à-dire secrétaire et caissier du bord. Ce métier ne lui plaisait qu’à moitié, mais il était bien content de ne plus faire le « quart » et de pouvoir dormir toutes ses nuits tranquille. Il m’écrit d’ailleurs avoir passablement de loisirs, il est assez content.

Chère Maman je vous envoie des baisers très affectueux

Alice