St Barnabé, le 27 juin

Chère Maman

La dernière lettre de Louis avait pour but de vous remercier du chèque reçu la veille, mais il l’a commençait à peine lorsqu’il a reçu l’annonce de son brusque départ, et l’ennui de cette nouvelle lui a fait oublier de vous en parler. Il fait depuis des voyages de 8 jours et revient chaque semaine passer une demi journée à la maison, mais j’espère bien que celui-ci sera le dernier, et que nous aurons encore 10 jours de répit avant le départ de la Provence qui est fixé au 12 juillet.

Je vais beaucoup mieux, quoique le mal au cœur ne soit pas encore complètement passé, ce qui ne peut guère tarder à arriver. La balance qui était descendue jusqu’à 46 kg est déjà remontée à 47, quoique ma taille n’ait pas encore changé d’une façon appréciable à première vue. Enfin je mange mieux et je garde à peu près tout ce que je prends, c’est l’essentiel. Malheureusement je ne suis pas encore assez vaillante pour entreprendre le joli, mais long voyage que vous me proposez. J’en suis désolée, il m’aurait pourtant bien tenté.

Mademoiselle Clément compte passer à Poitiers dans le courant du mois d’août, et vous rendre visite à ce moment là. Elle a repris ses longs voyages qu’elle ne faisait plus depuis quelques années, aussi n’est-elle presque jamais à Marseille. Son frère Auguste ne se mariera que dans 2 ans, son futur beau-père lui fait encore toutes les misères qu’il peut inventer. Il a imaginé pouvoir ne rien laisser à sa fille, de donner toute sa fortune. Il a déjà distribué 3000 F pour une église du Maroc, 1000 F pour une veuve et je ne sais plus trop quoi. Enfin la famille Clément a l’air de prendre la chose assez philosophiquement, espérons que tout ça finira bientôt.

Comment va Germaine ? Je n’ai pas encore reçu de réponse à ma lettre du 4 avril. Il faut dire qu’elle est si occupée avec ses deux poupons, elle ne doit pas avoir beaucoup de temps pour écrire.

Chère Maman je vous embrasse affectueusement

Alice