Orléans le 4 août 1915

Chère maman

Je vous remercie des lettres que vous m'avez fait suivre ; tout le monde va bien à Marseille, et mon frère Paul est toujours en permission ;
Ici j'ai trouvé Louis pas trop fatigué et intéressé par son nouveau métier ; mais impressionné aussi par les dangers qu'il coure ; les chefs de sections doivent être toujours les premiers ; en avant de leurs hommes pour les reconnaissances, aussi bien que pour les attaques ; ils sont chargés d'entraîner leur section et de sortir les premiers des tranchées. Pensez ce qu'ils sont exposés !!
Le capitaine et le lieutenant qui les instruisent, aussi bien que les hommes du dépôt sont d'anciens blessés ; ils ont fait ensemble le calcul qu'a chaque attaque ils ont une chance sur deux d'être blessé. S'il n'ont rien à la 1° attaque il y a bien des chances qu'a la 2° ou à la 3° ils attrapent quelque chose. Ce n'est pas très rassurant.

Quand je suis arrivé et que j'ai parlé de retourner lundi, Louis m'a dit " Nous ne savons pas qui survivra à cette guerre, restons ensemble tant que nous le pouvons"

Vous comprenez maman, que je n'ai pas eu le coeur de lui refuser ça ! ...
Je reste donc ici pour le moment, mais je tiens a vous dire tout de suite, combien j'ai été touché de votre accueil et si ce n'était pas que Louis est ici, je retournerai bien volontiers à Ligugé.
Les cousins Dupain sont ils venus vous voir, je regrette de les avoir manqué.
J'ai eu la chance cette semaine que louis ne fasse pas ses deux jours de manoeuvres, je ne suis donc pas restée seule à l'hotel.
Vous devriez bien venir nous voir, louis en serait bien content, et il aura si peu de temps après son instruction ; 4 jours en tout je crois !

Je suis allée voir les Naud hier, ils m'ont dit avoir reçu une de vos cartes

Je vous embrasse

Alice