Ma chère Maman


J’espère qu'enfin les mauvais jours sont finis. J’embarque comme commissaire sur la Provence, donc pas de quart. Je serai rond de cuir, c’est moi qui détiens la caisse, j’ai la clé du coffre fort. Nous partons le 22 courant. Alice va mieux, elle commence à sortir, je viens de faire huit jours sur un bateau « l’Alsace », avec un coup de mauvais temps fantastique. Ce bateau est vieux, l’eau rentrait un peu partout par les tôles plus ou moins percées. Je suis content de l’avoir quitté car un jour ou l’autre il coulera en noyant tout le monde. Notre situation pécuniaire à la maison n’est pas mauvaise, négligeant l’agréable nous avons pensé qu’il valait mieux garder l’argent. Aussi en partant je laisserai bien encore 300 francs à Alice peut-être pas tout à fait autant mais enfin elle ne mourra toujours pas de faim.

J’espère que ce voyage va nous remettre à flot. Y en a besoin, j’espère aussi que l’année qui commence sera moins mauvaise, ou alors c’est pas une vie d’être marié. Ma solde augmente maintenant, je gagne 200 par mois au lieu de 175, l’argent d’Alice est intact, tu comprends que je ne veux pas me servir de ses revenus, il vaut mieux les capitaliser car s’il y avait un enfant, nous serions réduits à la mendicité ou bien à taper dans le capital.

J’attends toujours les verres dont Robert doit nous faire cadeau, rien ne vient. vrai y met le temps.

Enfin je suis pressé, à bientôt.

Ton fils dévoué

Louis

Alice compte t’écrire bientôt. Elle t’envoie en attendant tout ce qui est habituel en pareil cas.

Mon adresse 22 rue Saint Savournin