ANECDOTES


Avertissement

Les différents évènements ou histoires décrits ci-après ont été rédigés environ 45 ans après les avoir écoutées, souvent au coin du feu, notamment lorsqu'après le repas nos parents prenaient le café. Que de souvenirs remontent à la mémoire en les écrivant, mais cela n'empêche pas les approximations et les erreurs, elles ne sont à prendre que pour ce qu'elles sont : des récits transmis oralement avec les approximations et mélanges dus au temps passé.


  1. Il racontait qu'il ne s'entendait pas avec l'esprit "commerçant" de sa famille (magasin de vaisselle à Poitiers) et qu'une fois il avait, dans le cahier adéquat, inscrit réglé à toute une série de mensualités concernant la dette d'une personne aux faibles revenus, et que ses rapports avec les siens s'étaient dégradés.

  2. Pendant la guerre, Louis Marque s'est retrouvé sur le front en face des "allemands", et ils ont "fraternisé" en particulier en leur apprenant à jouer à la belote. Inutile de vous dire que la "hiérarchie" a réagi, et les tirs ont repris, mais des deux côtés on savait bien tirer : grâce à la précision il n'y a pas eu de blessé d'un côté comme de l'autre, même si les tirs étaient crédibles.

  3. Pourtant les armes à feux n'étaient pas proscrites, il a appris à ses petits enfants (les aînés !) à bien utiliser une arme, et il disait que deux fois il avait voulu tuer un homme, notamment une fois pendant la guerre de 14-18 et c'était dans son camp ! Il ne savait pas si le froid avait bloqué son doigt ou l'arme à moins que l'intervention divine ...

  4. Nous disposons d'un "gri-gri" (photo) que lui avait donné un "nègre" dont il lui avait sauvé la vie, mais il n'avait jamais raconté dans quelles circonstances. Il avait un grand respect envers certains hommes, forces de la nature : docker capable de décharger des sacs, de 50 kg, 2 par 2 en courant, "nègre" sautant d'un bateau en voyant une pieuvre aussi grande que lui, se faisant enlacer dans ses tentacules, et la tuant en la mordant entre les deux yeux ... !

  5. Il racontait qu'une fois il lui était arrivé une expérience extraordinaire : Dans un épais brouillard, prés des côtes, sur la passerelle ils ne distinguaient rien, et à un moment on lui tape par derrière sur l'épaule, il se retourne : personne, quelques instants après même chose : d'instinct il donne l'ordre : "barre à bâbord toute" et ils ont ainsi évité un obstacle fatal au dernier moment.
    Sa nièce Jacqueline nous a relaté cette histoire : "son second avait été abattu au pistolet par un gars, lui même se trouvait enfermé dans sa chambre au pain et à l'eau. Le gars avait dit qu'il dirigerait le bateau pour vendre ce qu'il y avait dans leurs coffres ailleurs qu'en France ! Au bout de 2 jours, la porte s'ouvre avec le gars et tous les autres. La mer était forte et il était en peine ! le revolver sous le nez. Il a refusé d'aller aider, ne travaillant pas dans le feu du revolver. Les autres ont forcé le gars à poser l'arme sur la table et ont gentiment invité l'oncle à venir les dépanner. L'oncle a pris le revolver et l'a jeté à la mer, et ensuite tout le monde à son poste, il s'en est bien tiré, et le bateau est entré à Marseille. Naturellement il a fallu s'expliquer sur la mort du jeune second."

  6. La vie sur les bateaux était dure, et il fallait se faire respecter surtout lorsqu'on était jeune, il racontait que sa force physique imposait le respect : il était capable de monter au sommet du mât par la seule force de ses bras, les jambes en équerre.
    Il fallait se débrouiller dans toutes les situations, après son dernier voyage il a gardé une partie de son stock d'urgence médical fil "catgut" pour coudre les plaies, ... Il nous a raconté la fois ou il avait du maîtriser un matelot devenu fou qui menaçait les autres avec son rasoir "coupe-choux".
    Un des moyens de se débarrasser des rats sur le bateau était d'avoir un chien, mais un ratier n'était nourri que s'il était efficace, pour le dresser on capturait quelques rats, les mettait dans un tonneau, au bout de quelques temps la faim les faisait se dévorer entre eux, on rajoutait le chien s'il en ressortait vivant il leur vouait une haine féroce et efficace.
    Le pire de tout c'était le transport des immigrés : si on transporte un troupeau de bovins vous avez à rendre des comptes en cas de perte, pas dans le cas des immigrés ! Une fois 2 tonneaux avaient été abîmés et empestaient dans la cale : en tant que capitaine il avait pris la décision de les faire passer par dessus bord, mais à l'arrivée il avait eu des ennuis c'étaient 2 tonneaux de boyaux conservés au sel et valaient une forte somme.

  7. Mais il y avait beaucoup de temps libre une de ses passions étaient la photo, il reste beaucoup de plaques de verre prises pendant ses voyages. Il avait même gardé un dessin fait par l'aviateur François Coli fait pendant un voyage commun1. Ils pêchaient : une traîne était toujours en place, l'appât était une tige d'ail ! et il fallait après en cas de pêche passer un noeud coulissant à la queue du poisson pour le remonter à bord.

  8. Il affirmait qu'il avait fait un des premiers voyage (le premier ?) de bateau bananier car il avait les connaissances pour réparer en cas de panne des machines frigorifiques.

  9. Lors d'un naufrage sur les cotes de la Pampa ils avaient du longer le bord de mer avant de rencontrer des humains, gauchos dans la Pampa, ceux ci pour leur donner à manger on tué une vache, récupérer la peau et mis un quart arrière dans une grande quantité de braises, puis après la cuisson ont découpé un morceau au coeur : la meilleure viande qu'il n'est jamais mangé !
    Une autre fois, au Brésil sans doute, pays qu'il appréciait car il estimait que c'était un pays sans racisme : toutes les couleurs et races se mélangeaient, toutes les couleurs et teintes intermédiaires s'y trouvaient, il avait été invité par le capitaine d'une péniche de transport de café, qui avait choisi les grains un à un, les avait torréfiés sur une poêle et en avait fait un café merveilleux.

  10. Il racontait que lors du naufrage du Garuja il dormait, et des erreurs avaient été faites par son second mais lors du procès pour les évènements litigieux il avait répondu : "j'en ai donné l'ordre", car il était à la retraite et que son second lui avait encore une partie de sa carrière à faire, mais il lui en gardait une rancune tenace. Il avait même cassée son épée, le morceau inférieur avait été transformé en couteau (il remmanchait les lames, il possédait même des bois de cerfs pour cet usage) (photos)

  11. Un des événements dont il gardait un mauvais souvenir c'était un déplacement du sud de la France sur Hambourg, en train, sans argent ni vêtements chauds, et il avait grandement souffert du froid et de la faim pendant quelques jours pour rejoindre cet embarquement.

  12. Pendant la guerre de 39 - 45 il y avait un impôt sur beaucoup de choses : les oeufs, ... un jour il fallait se décider à tuer le cochon sans que cela soit visible, la nuit tout est prêt et malheureusement le coup (pas avec une arme en raison du bruit) rate et on entends crier le cochon dans tout le quartier avant d'arriver à le faire taire définitivement. Le lendemain aucun voisin n'avait soit disant entendu quelque chose !
    Une autre fois la voisine vint le trouver et dans la conversation lui dit : vous êtes beau ! il lui réponds en lui demandant quel service il pouvait lui rendre : c'était pour avoir quelques plançons2 de choux, car c'était après son accident qui l'avait défiguré.

(ref info anecdote)

1Malgré mes nombreuses recherches je n'ai pu trouver de référence sur la vie de François Coli en tant que marin

2terme usité à Marseille désignant de jeunes plants à repiquer