Voici le texte du rapport de mer du commandant Marque publié dans un journal après le naufrage.


L'extrait de journal était collé, après avoir été découpé, sur une feuille de cahier dans le dossier SGTM de la collection de Cantelar. de ce fait, je n'ai pu identifier le journal. je l'ai retranscrit car et l'original et la photocopieuse n'étaient vraiment bien terribles.


"Le 2 janvier à midi, L. 36°57' N - G. 00°01' W. Brise fraîchit à l'Est. Mauvaise visibilité. Grains violents de pluie; mer grosse; 17H00, vent au S. 85 W., vrai temps bouché; pluie continue; mer très grosse. A 22H55, dans un grain particulièrement violent, ressenti choc brutal. Stoppé machine. A lueur de éclairage navire aperçu par tribord, terre très haute et à pic. Fait S.O.S., mais après quelques appels, antenne casse et envahi par mer, essayé d'utiliser poste secours avec antenne de fortune, mais vainement, car chaque lame entre par les port En même temps, sondé cales, fermé portes étanches et soupapes d'arrêt. Cale 1, plein; cale 2, 3 mètres; Sondé le long du bord : cale 2 arrière tribord, 7 mètres; cale 3 arrière bâbord, 13 mètres. Fait signaux détresse par fusées. Tanks mazout crevés. Équipage au poste d'abandon.

La mer énorme embarque violemment, enlevant les embarcations à bâbord, sur le pont supérieur ainsi que celle du bridge. Les quatre panneaux sont défoncés et les cales noyées. Tous les locaux sont envahis. L'équipage est réfugié dans la chambre de veille et en est chassé, les portes, hublots, vitres étant brisés.

A minuit, la machine est envahie et la lumière éteinte. J'ai décidé d'attendre le jour pour organiser le sauvetage, l'équipage étant réfugié dans la cabine du commandant.

La mer couvre le navire. J'ai sondé par travers tribord à la passerelle, et j'ai trouvé 4 mètres. Le navire parait assis sur des roches et la légère gîte à bâbord ne s'accentue pas.

J'ai fait l'appel de l'équipage. Il manque le chef mécanicien. A plusieurs reprises j'ai effectué de dangereuses recherches sans résultats. La mer pénètre partout et arrache tout ce qui est sur le pont.

Au jour, j'ai hissé le signal de détresse et amené la baleinière. J'ai établi un va et vient et commencé l'évacuation de l'équipage. Entre temps, j'ai effectué de nouvelles recherches pour retrouver le chef mécanicien, mais sans aucun résultat. Enfin après une dernière ronde, j'ai quitté le bord le dernier à 14 heures 15, ayant hissé le pavillon national et le pavillon de la Compagnie.

Arrivé à terre, j'ai appris par quelques sauveteurs accourus que nous étions à la pointe Polacia (province d'Almeria).

Le navire demeure sous la surveillance des autorités maritimes locales.

Le présent rapport ayant été dressé dans une salle commune de l'hôpital, je me réserve de l'amplifier s'il y a lieu.

Je fais toutes mes réserves pour sauvegarder mes intérêts et ceux de qui de droit à l'occasion des faits énoncés ci-dessus et leurs conséquences quelles qu'elles soient.


Almeria, le 5 janvier 1938.

(ref info crocegaru)