Chère Maman

Que devient toute votre famille ? Joseph et Robert doivent être partis ! Où les a-t-on envoyés ?

Pauvre Germaine ce ne doit pas être bien gai de voir partir son mari dans la situation où elle se trouve ! Dites-lui combien je pense à elle et je m’associe à ses inquiétudes.

Louis continue jusqu’à nouvel ordre sa route vers Buenos Ayres. Il sera dans 8 jours seulement à Rio, ayant été retenu toute une semaine à St Vincent pour réparer des avaries.

Tous les courriers actuellement à Marseille sont armés et transformés en croiseurs, les autres bateaux sont réquisitionnés pour le transport des troupes et des ravitaillements venant d’Algérie.

De nouveaux bateaux actuellement en route ont reçu ordre de se réfugier au plus vite dans un port neutre. Les transports n’ont pas encore cru devoir prendre cette mesure.

Mon frère Paul va être interné dans les hôpitaux de Marseille, il est furieux il aurait voulu être brancardier et être envoyé dans l’est.

Un de mes cousins actuellement au service vient de partir avec son régiment de hussard pour Nancy, un second a été chargé de conduire un camion automobile.

L’état d’esprit autour de nous est assez bon, après le calme résigné du début, il y a maintenant plus d’enthousiasme. De ma chambre j’entends constamment passer des trains de soldats, de beaucoup partent des chants patriotiques et des acclamations.

Je me suis levée pour la 1e fois hier et n’ai pas été émerveillée de mes forces mais ce n’est pas étonnant après être restée un mois dans mon lit. D’ailleurs aujourd’hui je suis déjà plus vaillante. C’est bien ennuyeux ce qui vient de m’arriver, mais devant les événements actuels les petites souffrances particulières passent au 2e rang.

Chère Maman, embrassez bien Germaine et dites lui que je prie bien pour elle. Je vous embrasse affectueusement

Alice