Vendredi 28 novembre 1919


Ma chère Germaine


J'avais commencé il y a 8 jours une lettre pour vous féliciter sur l'heureuse arrivée de votre petite fille et j'ai été confuse en recevant de vos nouvelles ce matin de penser que ma lettre n'était pas encore terminée. Je n'ai pourtant pas les mêmes excuses que vous, pour négliger ainsi ma correspondance.

Quoique les occupations ne me manquent pas. Je tache de remplacer un peu maman auprès de mes frères et c'est plus qu'il ne m'en faut, même quand Louis n'est pas là. Heureusement l'installation de Paul est presque terminée et il aura bientôt assez de sa gentille petite femme pour s'occuper de lui. Je n'aurai plus alors qu'a penser à Charles, que j'ai suivant l'expression de Louis "ramassé à la maison" ! C'est une agréable compagnie pour moi, quand Louis n'est pas là. Maman me manque tellement ! ... c'était si bien dés que Louis partait de pouvoir fermer la maison et de retourner près d'elle !! Je ne suis pas encore habituée à ce qu'elle ne soit plus là.

Quand Louis est là, je suis distraite mais lorsque comme maintenant que je sais qu'il ne reviendra pas avant février et que d'ici janvier je ne pourrais pas avoir de lettres – j'ai bien souvent le noir – et je réagis difficilement !

C'est bien dommage que nous n'habitions pas la même ville – j'aurai eu tant de plaisir à venir vous tenir compagnie pendant votre immobilité forcée et à vous débarrasser d'une partie de votre petit monde.

Marc vient de m'annoncer que le service de table était arrivé en gare, il n'est donc pas nécessaire que Joseph se donne la peine de chercher le récépissé – Je tiens encore à vous remercier de la peine que vous avez eu pour nous faire cet envoi.

J'ai eu Jeanne Dupain, 3 jours seulement à la maison – sa fille est un gros poupon bien calme qui ne marche pas encore. Sa maman m'a fait bonne impression, quoiqu'on ne puisse guère juger quelqu'un en si peu de temps. J'ai été contente d'entendre raconter les petites histoires de la Mothe et de Poitiers, et d'avoir de vive voix des nouvelles de tous.

Ma chère Germaine, je vous embrasse affectueusement ainsi que tout votre petit monde et je vous charge de transmettre mes amitiés et mes remerciements à Joseph.


Alice


(ref info : let19191128)