Clinique Perier Rue du Rhône Marseille

Le 3 février 1938


Ma chère Germaine


Votre lettre et celle de Joseph envoyée à Oran nous sont parvenues hier au soir.

On a pu transporter Louis à Marseille et nous avons été heureux de nous rapprocher de chez nous. En attendant l'heureux jour ou on lui permettra de retourner aux Caillols.

Il y a eu un grand progrès réalisé cette semaine la plaie est en bonne voie de cicatrisation. Il faut d'abord laisser complètement cicatriser, après on pourra reprendre.

Je ne vous ai pas parlé des cotes dans ma 1° lettre – il y en avait en effet 3 de cassées – parce que le docteur sachant que ça se raccommode tout seul - et que ça n'offrait aucun caractère de gravité à coté surtout de la plaie au visage, ne s'en était pas occupé – on ne l'avait même pas bandé. il en souffrait pourtant beaucoup chaque fois qu'il avait une quinte de toux.

Ses plaies des jambes aussi ont été très douloureuses – l'os avait été abîmé – les esquilles d'os ressortent maintenant de la plaie.

Le visage par contre – quoiqu'il ait reçu la blessure de beaucoup la plus grave- avait perdu une partie de sa sensibilité. Ce pauvre Louis passe entre les mains de tous les spécialistes - 5 ont déjà défilé depuis notre arrivée ici ! la paupière inférieure ne fermant plus l'oeil s'était infecté – il y a un effondrement des sinus – il faudra lui refaire une narine – mais on ne peur rien faire tant que la cicatrisation n'est pas plus avancé.

louis a un courage et un moral merveilleux, il trouve le moyen de plaisanter tout le temps. Quand je suis arrivé à Oran la 1° chose qu'il m'a dit est je vais perdre 50 % sur le marché matrimonial ! il n'était pourtant pas brillant à ce moment là !! Il commence à avoir un appétit qu'il nous est difficile de satisfaire avec les moyens dont nous disposons - mais c'est bon signe – c'est le commencement de la convalescence. Louisette a été bien contente de nous retrouver, que voulez vous que je l'emmène faire à Oran – pour lui faire passer ses journées dans une chambre de clinique ! elle était beaucoup mieux avec ses cousins ! Ma chère germaine j'espère que ce vilain cauchemar s'atténuera puis que nous pourrons bientôt ramener louis aux Caillols.

Je vous embrasse bien affectueusement


Alice

(ref info : let19380203)