Ma chère Maman

Je suis à Buenos Aires et je ne suis pas trop mal. Le seul nuage qu’il y ait dans mon ciel c’est que je ne pèse que 60 kilos, c’est peu, j’ai peur d’avoir quelque chose. A terre, c'est-à-dire à Marseille, j’engraisse, mais à la mer je maigris. J’ai peur d’être un jour obligé de quitter le métier, ça m’amuserait pas, en tous cas je te serais bien reconnaissante de chercher si tu peux pas trouver quelque chose pour le cas où je me trouverais sans travail, n’importe quoi pourvu que ça me permette de vivre et n’importe où j’espère ne pas en avoir besoin de sitôt mais on ne sait jamais. Si je maigris encore, je prendrai une permission et j’irai à Poitiers, là on verra, c’est que maintenant je ne peux pas ne penser qu’à moi. Si je venais à être encore malade, ma pauvre Alice ferait une sale tête. Je viens de recevoir une lettre d’elle, elle est heureuse comme tout, tu comprends que ça me fait plaisir. Je demande seulement que ça continue, et pour cela faut pas que je sois malade.

Enfin on verra. Je suis enrhumé encore depuis une quinzaine de jours. On dirait que ça va passer. Malgré tout je ne me plains pas, au fond je ne suis pas malheureux, tant que je pourrai continuer à naviguer je suis sûr de l’avenir.

Enfin à bientôt je suis pressé

Ton fils dévoué

Louis