St Mandrier, le 11 décembre

Chère Maman,

Nous venons de recevoir votre dernière lettre contenant le chèque dont nous vous remercions bien. Votre cadeau servira, je crois cette année, à renouveler la chambre obscure de l’appareil à photo qui est en très mauvais état. Nous hésitions un peu justement devant la dépense.

Louis a été affecté au dragage dans les environs de Toulon. J’en suis bien contente et j’espère qu’il y restera longtemps, car nous pouvons ainsi nous voir souvent. Je suis venue m’installer à St Mandrier, petit village en face de Toulon, pour être plus près de lui et qu’il puisse venir plus facilement à la maison. Son bateau n’est pas à plus de vingt minutes d’ici.

Nous sommes logés chez de braves gens qui m’ont loué deux pièces. De cette façon je ne suis pas seule et Louis n’a pas à s’inquiéter quand il est obligé de passer la nuit à bord. Voici notre nouvelle adresse : Campagne Dubart, St Mandrier, par Tamaris sur mer, Var.

Nous avons bien été sur le point d’aller vous voir à la dernière permission de Louis, les malles étaient faites et le voyage décidé mais au lieu de lui donner 15 jours comme il en demandait on ne lui en a donné que 10, et c’était bien peu pour un si long voyage, nous avons donc retardé notre voyage.

Nous avons été heureux d’apprendre que Robert est en bonne santé, j’espère que vous n’aurez plus à vous inquiéter d’une si longue absence de nouvelles.

Paul a demandé à partir pour Salonique. Il est arrivé heureusement en bon port, mais maman n’est pas bien tranquille de le savoir là bas, avec ce que font les gens en ce moment.

Charles est toujours sur le Somme et nous annonce des préparatifs formidables, comme on n’en a jamais vu depuis le début de la guerre.

Chère Maman, je vous embrasse bien affectueusement

Alice