Ma chère Maman

Je suis en congé, pour jusqu’à Dimanche. Une semaine c’était trop peu. Je pouvais pas aller à Poitiers, faut 2 jours de voyage et je viens de faire tellement de chemin de fer que j’aime mieux me reposer un peu. Ta lettre vient juste d’arriver. Comme on a loué notre appartement on est allé s’installer à la campagne, c’est pas drôle de fourrer des étrangers chez soi, mais ça vaut mieux que de faire des dettes, c’est pas encore cette année qu’on aura cent mille francs de rente, mais on joindra les deux bouts. C’est le principal.

Je sais toujours pas ce qu’on va faire de moi. Tu peux nous écrire à partir de lundi – Hôtel de la Paix, place d’Armes, Toulon. On t’avertira du changement d’adresse, nous tacherons d’avoir une chambre en ville. A l’hôtel il faut pour nous deux de 18 à 20 F par jour.

Enfin on tachera de s’arranger, j’aurais jamais cru que ça coûte si cher de servir la patrie. J’espère que Joseph et sa ménagère se portent bien et Germaine aussi. Madame Giraud Mère est très touchée de ce que tu t’occupes un peu de son fils Charles. On voit que ça lui fait plaisir.

A bientôt, je pense qu’un jour ou l’autre tu nous verras encore arriver à Ligugé.

Louis

PS Alice t’embrasse, moi aussi